12/-KOUYATE SORY KANDIA ET VIRTUOSE DIABATE

 

PRESENTATION

KOUYATE SORY KANDIA, LE CHANTRE DE L'EPOPEE MANDINGUE

KANDIA! C'est le nom lapidaire de celui qu'il n'est plus besoin de présenter tant son nom s'identifie à celui de la musique africaine.

De lui, un confrère anonyme écrivait en 1964: ''musicien sensible et fin, KOUYATE SORY KANDIA n'égraine sur sa guitare que les notes veloutés de l'amour, l'amour du bien et de la vie et sa puissante voix ne s'élève jamais que pour chanter les vertus traditionnelles de la société africaine dont il sait les moindres les principes sur le bout de ses doigts.''

Descendant direct de BALLA FASSEKE KOUYATE illustre ''dyéli'' du grand SOUNDIATA KEITA, le ''Roi miraculé'', fondateur de l'Empire du Mali, IBRAHIM SORY ''KANDIA'' appartient à la grande famille des KOUYATE.

Kandia naît à Manta, petit village de Bodié dans la préfecture de Dalaba, à environ 400 km de Conakry, la capitale guinéenne. Il a à peine deux ans, quand  meurt sa mère. Cette mort le marquera. Grand, il composera pour elle une de ses plus belles chansons ''N'nah'' qui signifie, ma mère en langue maninka.

Dès l'âge de 7 ans, son père Djely Mady Kouyaté l'initie à l'histoire africaine, en maître pétri de savoir, il enseigne à son fils la vaste généalogie des grands du Manding. Musique et tradition orale s'interpénètrent dans ses cours. Maître du verbe et fin joueur de koni (guitare tétracorde traditionnelle), le vieux Mady offre très tôt à son fils son instrument de prédilection. En 1939, alors qu'il n'avait que six ans, Kandia savait déjà pincer et caresser avec amour son ''instrument-jouet'', que ses mains couvraient à peine.

Un peu plus tard, Kandia rejoint la cour royale de Mamou. De 1947 à 1949 il y fait ses preuves. Sa renomée traverse les montagnes de son Foutah natal. Son rayonnement artistique naissant s'amplifie vertigineusement. A dix neuf ans, en pleine adolescence, il est incroyablement un artiste complet : sa voix franche et ses gestes simples séduisent et enchantent tous ceux qui le rencontrent. Son succès lui réchauffe le coeur mais ne lui fait pas pousser des ergots. Un ami l'invite à Conakry. L'Almamy de Mamou lui accorde volontiers une semaine de permission, mais son succès dans la capitale prolonge le séjour. Dans la fièvre de la capitale, Kandia se fait des amitiés dans tous les milieux, des artistes aux hommes politiques du RDA. C'est pendant ce séjour qu'il s'achète ce qu'on appelle alors ''la guitare des blancs'', une guitare espagnole.

Après les succès de Mamou, le triomphe de Conakry et un bref séjour à Manta, Kandia va se fixer pour un temps à Labé en plein Foutah Djallon. Au cours d'une soirée organisée en 1951, à l'occasion d'une tournée du Président Sékou Touré à Labé, Kandia anime avec virtuosité la cérémonie. M. Sékou Touré sensibilisé, l'invite personnellement à le rejoindre à Conakry.

Arrivé à Conakry, en spectacle, son micro lâche. Kandia dépose soudain le micro et chante à gorge déployée, de la manière la plus naturelle. Stupéfaction générale! Kandia brave le micro et sa voix dans son jaillisement naturel naturel enveloppe l'auditoire et l'étonne. Ce coup de maître, l'élève ne l'avait appris de personne.

Encouragé par ce succès et le coeur gonflé d'ambitions nobles, Kandia retourne à Labé et constitue un ensemble traditionnel de 12 membres. Six mois après, naissaient les Ballets Africains de Keita Fodéba.

Sur recommandation expresse de ses amis, Kandia intègre cet ensemble auquel il apporte une contribution de qualité. Kankan, Siguiri, Dakar, des étapes vers la consécration internationale.

Première la France. Une tournée dans les provinces françaises, nous sommes en 1956. Kandia entre en studio et enregistre chez Vogue son premier 45 Tours qui offre plusieurs titres parmi lesquels: Nina, Toubaka, Malissadio et Chants de réjouissance.

Puis c'est la Grande-Bretagne, la Belgique et l'Allemagne. Toute l'europe est visitée. L'URSS, les Etats-Unis et la Chine le découvrent tour à tour émerveillés. Satisfaction totale des publics, c'est une tournée triomphale. Mais les succès ne tournent pas la tête de l'artiste car Kandia aime passionnément l'Afrique et malgré toutes les propositions mirobolantes faites ici et là à travers le monde, Kandia fait son premier tour d'Afrique de la chanson: Côte d'Ivoire, Gambie, Sénégal, etc... applaudissent tour à tour l'exceptionnel trouvère et ses frères. La même année au Festival de Bamako, les guinéens enlèvent le trophée. Kandia est de la partie. c'est la première consécration continentale.

Quand vint la liberté en 1958, la mission de chantre-poète, philosophe et historien allait s'amplifier. Il intègre aussitôt les Ballets africains nouvelle formule. Aux Etats-Unis, la première sortie des Ballets renovés est saluée par un enthousiasme délirant.

A peine rentrés à Conakry, les Ballets avec Kandia partent en Autriche. Là en duo avec la célèbre vedette Paul Robeson, Kandia chante superbement. Un hommage à la participation africaine à travers la République de Guinée. Légitement fier, Kandia exulte et ses amis jubilent.

A Boston, devant un parterre fourni de diplomates, il entonne l'hymne national de la République de Guinée sur l'air D'Alpha Yaya. Satisfecit général.

Lorsqu'en 1960, sur initiative personnelle du président Ahmed Sékou Touré l'Ensemble instrumental et choral de la ''Voix de la Révolution'' est crée, il sera plus tard placé sous la direction de Sory Kandia Kouyaté. Composition, adaptation, orchestration des airs populaires, véritable laboratoire de la musique traditionnelle africaine, telle est la mission de l'Ensemble. En grands bourlingueurs Kandia et ses amis sillonnent encore l'Afrique: la Tanzanie, la Sierra-Léone, le Libéria, la Côte d'Ivoire,etc...

En 1964, il devient le directeur -adjoint du Ballet national Djoliba. Il y restera cinq anS. En sa compagnie, le Ballet est  auréolé des plus belles palmes artistiques dont, en 1966, la Médaille d'or du Festival International du Folklore, en Sicile; trois années après, à la grande rencontre africaine: le Festival Panafricain des Arts et de la Culture, en Algérie, le continent s'incline devant la Guinée et lui décerne la coupe d'honneur (argent) de solo.

C'est alors le rush impitoyable vers le palmarès et décorations.

A la recherche de nouvelles sonorités africaines, Kandia fait un mariage réussi avec Kèlètigui Traøré et ses Tambourinis, le prix Charles Cros 70 sanctionne l'heureuse initiative. Un disque d'or à la dimension de l'artiste génial. La passion de la perfection et de la rénovation l'exhorte constamment vers les autres artistes africains. Ainsi avec l'extraordinaire koriste malien Sidiki Diabaté, il enregistre les plus belles pages de la musique mandingue, en trois volumes 33 tours. Le dernier chef d'oeuvre. Message de fidélité et de vérité historique dédié à la postérité.

Kandia devient la ''Voix de l'Afrique''. Aux festivals de Tunis et de Berlin en 1973, Kandia de nouveau Directeur général de l'Ensemble instrumental et choral de la Voix de la Révolution, incendie les coeurs des spectateurs de bonheur. Partout, des salles combles qu'il fait exploser de sa voix ample et belle.

Kandia n'était point un homme orgueilleux; fervent religieux il se considérait comme un artiste tout court. Jamais comme une vedette. Etre vedette ne lui est jamais passé par la tête.

Il accomplit en 1974 ses obligations religieuses en se rendant sur les lieux saints de la Mecque sur une offre gracieuse du Parti Démocratique de Guinée. Devenu El Hadj Sory Kandia avec ses deux épouses et ses sept enfants, l'artiste fête le triomphe de la foi. Il n'était pourtant pas un fanatique. C'est pourquoi avec le turban et le djellaba, Kandia a encore chanté à travers le monde.

Je revois encore Kandia aux Main Hall du Théâtre National de Lagos au Festac 77, retraçant la tumultueuse histoire de l'Afrique. Je le revois, ce musicien au doigté sensible et aux notes profondes et directes qui, de sa voix et de ses doigts transperçaient le coeur de ce public cosmopolite.

Après Lagos, Kandia et l'ensemble sont au mois de mai 1977 en Haute-Volta. La dernière sortie continentale.

Kandia meurt à 44 ans comme l'histoire de ce justicier qu'il chante dans ''Kédo''; médaillé d'honneur du travail, Commandeur de l'Ordre National à titre posthume.

Toute sa vie, Kandia a été un artiste de combat du bien contre le mal, de la vérité contre le mensonge, de la liberté contre l'esclavage. Un clin d'oeil sur notre siècle et nous voyons que son combat est loin de s'achever.

Kandia ne meurt pas, il demeure le symbole de cette lutte.

Justin Morel Junior


DISCOGRAPHIE


     Kouyaté Sory Kandia. [1970]
     Face A: (with Ensemble National "Djoliba") Souaressi / Malisadio / Soli de balafon / Sakhodougou
     Face B: (with Keletigui et ses Tambourinis) Conakry / Fouaba / Tinkisso / N'na

   Kouyaté Sory Kandia avec Keletigui et ses Tambourinis. Touyendé / Minawa. 1970.

    P.D.G. (chœur). Kouyaté Sory Kandia. Boloba. (concert musical). Horoya Band de Kankan. 1970
     
Face A: Kouyaté Sory Kandia - P.D.G.

     Face B: Horoya Band de Kankan - Boloba
    Kouyaté Sory Kandia. Tour d’Afrique de la chanson. 1971. (with Keletigui et ses Tambourinis and Ensemble National "Djoliba")
     Face A: Tara / Hellaya / Namatimbaye / Djoliba
     Face B: P.D.G
O.E.R.S / Mikossoya / Touyendé / Minawa 
    Kouyaté Sory Kandia et son Trio de Musique Traditionnelle Africaine. L'épopée du Mandingue. [1973]
     Face A: Douga / Kedo
     Face B: Djandjon / Massane Cissé
  
  Kouyaté Sory Kandia et son Trio de Musique Traditionnelle Africaine. L'épopée du Mandingue. Volume 2. [1973]
     Face A: Kemé Bourema
     Face B: Siiba
  
  Kouyaté Sory Kandia et son Trio de Musique Traditionnelle Africaine. L'épopée du Mandingue. Volume 3. [1973]
     Face A: Lamban
     Face B: Toutou diarra


     Sory Kandia Kouyaté. "Chants inédits. Bande sonore de son dernier show télévisé". Horoya / P.D.G. [1978]

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